Cannes 2007
 
 

L'Éducation nationale à Cannes 

| Les chroniques des étudiants  |

Le communiqué de presse en PDF

Les étudiants en journalisme de l’école Nouvelles de Nice

A propos de ... Cannes 2007

Dix jours d’actualités en Palmes d’or

Pendant dix jours, Cannes n’a vécu qu’au rythme du cinéma. Coupés de la vie réelle, les festivaliers n’ont pas suivi grand-chose de ce qui anima la scène internationale, européenne, française ou sportive. Séance de rattrapage en palmes d’or.

Mercredi 16 : Taratata… Roulements de TambourQue le spectacle commence… A l’Elysée, c’est jour de passation de pouvoir. Jacques et Bernadette Chirac semblaient là depuis L’éternité et un jour. Gageons qu’ils auront désormais le temps de redécouvrir Le goût de la cerise. A leur place arrive une famille plus moderne, un brin Underground, en tout cas moins conventionnelle car recomposée. Une famille où L’enfant regarde avec étonnement et gourmandise le collier de Grand Croix de la Légion d’Honneur. La décoration de Papa finira-t-elle dans La chambre du fils ?

Vendredi 18 : Le messager de l’Elysée, Claude Guéant, annonce la couleur du gouvernement : on y note notamment, après Une aussi longue absence, le retour de Bernard Kouchner, qui décroche le Quai d’Orsay. Un homme de gauche dans un gouvernement de droite, et surtout dans celui de L’épouvantail Sarkozy, voilà qui fait hurler plus d’un Eléphant au PS. A qui mieux mieux, les leaders socialistes accusent, tel Othello qu’on veut faire trébucher, le fondateur de Médecins sans frontières de se dorer la pilule Au soleil de Satan. Alors, Salaire de la peur ou Deux sous d’espoir pour Bernard Kouchner ? Lui assure arriver avec Les meilleures intentions, bien décidé à ne pas se plier à La loi du Seigneur. Au risque de se voir réduit au Monde du silence ?

Lundi 21 : Après la campagne, voici… la campagne. L’Elysée envolé, Le troisième homme François Bayrou s’attaque au palais Bourbon. En espérant que Le vent se lève sur son Modem. C’est plutôt mal parti, dans les sondages en tout cas, et on craint pour le leader centriste qu’il finisse Porté disparu à l’issue du scrutin.

Mercredi 23 : Le Milan AC triomphe de Liverpool en finale de Ligue des Champions. Miracle à Milan : le club de L’homme de fer Berlusconi n’aurait pas dû prendre part à la compétition, éliminé qu’il fut dans un premier temps pour cause de scandale de corruption dans le milieu pas très carré du ballon rond transalpin.
Adieu ma concubine, semble dire François Hollande, seul à la tribune pour lancer la campagne législative tandis que Ségolène Royal est partie en vacances avec les enfants. Au PS, après Secrets et mensonges (mais oui, tout va très bien, Madame la marquise) tout au long de la présidentielle, voici venu le temps des règlements de compte(s). A la Conversation secrète pourrait donc succéder une Chronique des années de braise. Entre Un homme et une femme, ce n’est plus franchement La dolce vita. Le couple Hollande – Royal rappelle plus Sailor et Lula que Jacques et Bernadette.

Jeudi 24 : La classe ouvrière va au Paradis. Et en ressort enchantée. Reçus à l’Elysée par le tout nouveau chef de l’Etat, les grands leaders syndicaux sont repartis soulagés, confiants même pour certains. La haine avouée qu’ils lui portaient depuis cinq ans n’était-elle que de La méprise ? Pour Nicolas Sarkozy en tout cas, le plus dur commence : leur faire avaler en douceur le service minimum en cas de grève, sous peine de revivre à l’automne La bataille du rail. De son côté, le nouveau chef de la diplomatie française, plus prompt que Le guépard, commence fort. C’est Apocalypse now au Liban, et voilà Kouchner en Mission à Beyrouth.

Vendredi 25 : Sortez vos Parapluies de Cherbourg et d’ailleurs… Il pleut en France. Et pas qu’à moitié dans certaines régions. On se croirait retournés en fraîche saison. Vous savez, Quand passent les cigognes.

Ecrans Juniors : ce n’est que pour les enfants

« C’était ennuyeux de ne rien faire pour les enfants pendant le festival », explique Aurélie Ferrier, administratrice de Cannes Cinéma, en préambule à la présentation d’« Ecrans Juniors ».
Ecrans Juniors, c’est une sélection d’une dizaine de longs métrages du monde entier (de l’Espagne aux confins de la Thaïlande, en passant par l’Ouzbékistan) visionnés par un jury d’élèves des classes « cinéma » du collège Gérard Philippe de Cannes.
Les films sont choisis par Pierre de Gardebosc, qui s’attache à distinguer des œuvres qui peuvent susciter auprès du jeune public (10 à 15 ans) une démarche de réflexion et de discussion dans un cadre scolaire. Les films sélectionnés, souvent, retracent l’histoire de civilisations lointaines, de modes de vie exotiques et de pays peu familiers. Histoire de permettre aux ados de découvrir sur grand écran ce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir sur le petit. Tout en leur permettant de découvrir l’art cinématographique du monde et d’autres cultures.
Le jury, de lundi à vendredi, a pu voir deux films par jour et devra récompenser, samedi matin à 11 h 30 à l’espace Cannes Cinéphiles (près du village international, sur la Croisette), le film le plus digne d’intérêt pour une étude dans le cadre scolaire. Le metteur en scène lauréat recevra 3 000 euros, offerts par Bagoo - La Poste, et le titre, suite à une convention signée avec l’UNICEF, de « Grand Prix Ecrans Juniors – UNICEF ». Dans le cadre de la « Semaine des enfants », le film primé sera projeté dans les villes amies des enfants.
Encadrés par un professionnel du cinéma, René Féret* cette année, les enfants participent donc à la même démarche que les « grands » : rôle de juré, discussions autour des films, argumentation et sensibilisation à un événement culturel cinématographique.

Benoit Guglielmi

*René Féret est metteur en scène. Il a signé cette année « Il a suffi que maman s’en aille », son 14ème film.

Persépolis : farce et satrape

Marjane a huit ans lorsqu’elle découvre sa vocation : prophète. Mais sa destinée sera toute autre…
Téhéran 1978. La jeune fille contemple avec fascination la chute du Chah d’Iran. Ses parents, modernes, cultivés et aimants, lui lèguent leur héritage révolutionnaire. Mais les événements sont têtus. La mort de la dictature signe le début d’une ère nouvelle. Le Chah est mort, vive Khomeyni. Mais à quel prix ? Répression du vice et promotion de la vertu, port du voile obligatoire, conflit périphérique avec l’Irak… L’Iran a changé, et Marjane aspire à une plus grande liberté. Les cassettes des Bee Gees vendues sous le manteau, elle n’en veut point. Seul Iron Maiden la fait vibrer au point de lui voir pousser des ailes. Comble du crime de lèse-pasaran, elle arbore fièrement dans les rues de Téhéran un tee-shirt vantant les mérites du punk… Trop rebelle, la langue trop bien pendue, Marjane joue avec le feu et les « gardiens de la révolution ». Au point d’être exilée par ses parents en Autriche.
Une nouvelle vie commence. Et Marjane choisit rapidement son camp : celui des marginaux libertaires. Mais l’Autriche conventionnelle ne veut pas de cette immigrée. Marjane vit alors sa deuxième révolution. Elle a quatorze ans. Elle voit sa poitrine gonfler irrémédiablement. Elle rencontre la liberté, l’amour et ses désolations. Marjane rencontre aussi les réalités de l’exil, de la différence et de la solitude.
Après la guerre, l’adolescente regagne son Iran natal. Mais la République Islamique ne voudra plus jamais d’elle.

Une autobiographie saisissante
« Cette histoire est universelle, elle permet à chacun de s’identifier… », raconte Marjane Satrapi à propos de son film. Universelle certes, mais autobiographique quand même. Persépolis est l’adaptation de ses albums, qui font recette depuis longtemps déjà. Le choix de l’animation s’avère donc des plus logiques dans cette entreprise de narration intime. Le dessin, c’est l’abstraction. Et qui plus est en noir et blanc.
Le dessin permet aussi d’aborder la réalisation d’une toute autre façon. Les lieux, les personnages, paraissent plus proches et familiers. Un lieu privilégié pour laisser cours à l’humour. Omniprésent tout au long du film, il en constitue presque le fil d’Ariane. A la fois dans la mise en scène, mais surtout dans la vie de Marjane. Car seules la dérision et la rigolade permettent de passer outre les difficultés de l’existence. Et dieu sait que Marjane en a traversé, des moments difficiles…
Grave sur le fond, léger sur la forme, Persépolis concilie à merveille l’inconciliable. En conjurant tout misérabilisme, Marjane Satrapi signe une performance digne et salutaire. Pas question de pitié, ni de compassion, on ne peut qu’être attendri. Et révolté par tant d’horreur. Seul le gouvernement iranien y trouve quelque chose à redire. Ce sont toujours ceux qui ont quelque chose à se reprocher qui suscitent une levée de bouclier…

Etienne Charles

Bernadette Lafont : Madame la Présidente, tout simplement

La fiancée du cinéma rend visite à la capitale du 7ème art. Mais cette année, Bernadette Lafont n’est pas à Cannes pour présenter un film. Elle y préside un jury. Avec à ses côtés son ami Marcel Bozonnet, metteur en scène, comédien de théâtre et vice-président du jury, elle guide un groupe de travail composé de six enseignants et deux étudiants. Ils sont chargés de récompenser, au nom de l’Education nationale, un long-métrage de la Sélection Officielle (Compétition + Un Certain Regard).
Alors Bernadette Lafont n’a pas le temps de chômer. A 68 ans, l’ex-égérie de la Nouvelle Vague enchaîne les projections. Cinq par jour. Et les réunions de travail. « Dès le début, elle a fixé une méthode : après chaque film, on en parle entre nous le plus possible. On décante. Puis on se réunit tous les deux jours pour en éliminer », raconte Patrice Roturier, Maître de conférence à l’Université de Rennes 2.
Les débats, en toute quiétude, ont lieu sur les terrasses du Palais des festivals. La parole y circule de l’un à l’une, de l’une à l’autre et de l’autre à l’un. Bernadette Lafont, l’oreille toujours tendue et l’air concentré, ne l’accapare ni plus souvent ni plus longtemps que ses jurés.
« Ca se passe vraiment très bien, poursuit Patrice Roturier. Comme son cinéma, elle est d’une grande simplicité, d’une grande générosité et d’un grand naturel ». « Elle écoute beaucoup, renchérit Olivier Bersou, prof de philosophie cinéma au lycée Lumière de Lyon. Après la première réunion de groupe, elle est même venue me faire remarquer que nous avions sélectionné les mêmes films ».

Porte dérobée

Le jury tout entier est sous le charme de la simplicité de sa présidente. Miguel Concy, prof de maths à Paris, s’enthousiasme de l’ambiance décontractée. « Au début, c’est super impressionnant. Puis on s’habitue au rêve. Elle est tellement accessible, simple, normale. C’est Bernadette, quoi ! »
A vrai dire, il est soufflé de l’attitude de l’héroïne de « La maman et la putain ». « Je m’attendais à une certaine rigidité car elle a une expérience et une connaissance cinématographique largement supérieure à la nôtre. Et au contraire, elle est à l’écoute, capable d’entendre les arguments même quand elle n’est pas d’accord, et parfois s’y ranger. En fait, elle est encore plus ouverte et plus intelligente que je le pensais... »
Le prof de philo, Olivier Bersou, abonde dans ce sens : « Elle ne se prévaut d’aucun savoir privilégié ». Ce qui épate également ce juré, à l’instar de ses acolytes, c’est « l’envie qu’elle montre de travailler avec nous. Peut-être que sa présence dans ce jury lui permettait d’échapper à son rôle à Cannes. Elle est vraiment elle-même quand nous bossons ensemble. C’est un peu comme si on la protégeait… En tout cas, je pense qu’on lui apporte quelque chose ». C’est pourquoi, souvent, le soir, « Bernadette nous dit qu’elle vient simplement boire un verre, puis elle finit par rester manger avec nous ».
Ca se passe comme ça, avec une belle fille comme elle. Une leçon d’humilité.
« Elle joue vraiment la discrétion, conclut Gaëtan Onteniente, coordinateur de l’équipe. Par exemple, quand elle vient assister aux projections du soir, elle ne gravit pas les marches. Elle passe par la porte de derrière… »

Benoit Guglielmi

Mauvaise humeur

En face des terrasses des restos chics…

Sur les pavés, la misère. Alors que sur la plage ça rivalise de haute-couture, les rues de Cannes, le soir venu, se vident de leurs badauds pour ne retenir que les « fidèles », ceux qui dorment là tous les soirs. Eh oui… ! Même à Cannes, capitale mondiale du « m’as-tu-vu-comme-je-suis-friqué » pendant dix jours, la pauvreté revêt ses habits de lumière. De néon, pour être plus précis. Car il faut les voir, couchés à même le sol sous les enseignes de luxe, zieutant les grosses bagnoles et les talons aiguilles qui se pavanent au nez et à la barbe de leur indigente mélasse. Alors que le Festival du film rayonne sur la planète entière, eux semblent tout droit sortis des « Mangeurs de pommes de terre » de Van Gogh, avec leurs mains sales et leurs visages accablés de pénitence. Enfin, reste à espérer qu’à tout prendre, ces gens qui crèvent la dalle devant tout le monde ne coupent pas l’appétit des festivaliers…

Benoit Guglielmi

Gus Van Sant : un « Paranoid Android »

Grand écran confiné aux quatre tiers, jeu éprouvé d’ombre et lumière, espace aérien voire atmosphérique, on reconnaît d’entrée la patte de Gus. Gus fait du Gus avec les mêmes gugusses, comme dirait l’autre… Mais avec un peu de recul, on peut voir dans ce Paranoid Park une petite révolution esthétique. Un réalisateur qui gravit les sommets de son art. Van Sant impose son style inimitable. Un cas qui risque bien de faire école. Même si ici, il n’est pas question d’école comme dans Elephant. Juste une volonté semblable de dresser le portrait de la jeunesse déboussolée des Etats-Unis. Le mimétisme est poussé jusqu’au choix physique des acteurs. Le blondinet androgyne d’Elephant est devenu brun. Tel un ange, l’adolescent explore la voûte céleste d’un skate park. Sa planche le guide dans les méandres du retour à la vie. Apercevoir le bout du tunnel, en refoulant son secret, devient son unique raison d’être. Son secret, c’est d’avoir accidentellement tué un vigile chargé de surveiller la voie ferrée passant dans ce quartier malfamé de Portland. Un négatif d’Elephant, puisque le néant et l’annihilation au cœur du Paranoid Park sont les fondements plutôt qu’une fin en soi. La suite logique inversée, en quelque sorte…
Autre trait de caractère, l’ambiance musicale du film. Du Hip-hop au punk trash via le jazz et le classique, tout est pensé en chorégraphie psychique. Reflet d’un état d’esprit, d’une sensation, le son accompagne l’univers mental mieux que tout autre narration.
A l’opposé des longues courbes et travellings omniprésents dans Elephant, les ruptures rythmiques de réalisation de Paranoïd Park offrent une fluidité déconcertante à ce film construit à l’envers. Une performance artistique indéniable. Et la confirmation d’un talent surprenant.

Etienne Charles

Déficit ethnique

Deficit, c’est une plongée au cœur de Tepotzlan, un petit village huppé en périphérie de Mexico. Un milieu que rien ne peut atteindre, pas même la misère environnante. Les horreurs du monde extérieur n’ont pas cours ici. On entend juste résonner au loin le bruit des fusillades de la ville. Tepotzlan, authentique havre de paix, où tout n’est que luxe, calme et volupté… Bien né, Christobal le post-adolescent y possède une villa. Ou plutôt ses parents, mais qui n’en profitent guère car toujours absents. Lui et sa sœur vivent donc là en toute sérénité, entouré du personnel d’entretien de la résidence. Le temps d’une journée de fête, les amis respectifs des deux jeunes débarquent dans cet univers raffiné. Baignade en piscine, foot improvisé dans le parc, barbecue, alcool coulant à flot, XTC, musique à plein volume, flirts et libertinages, les ingrédients de la fête à l’occidentale pimentent cette petite sauterie entre amis. Pour Christobal l’enfant roi, tout lui est dû. Surtout lorsqu’il s’agit d’exécuter ses desiderata les plus vils. Les indigènes de service sont là pour ça. Un racisme sous-jacent qui devient de plus en plus pesant. Jusqu'à ce que Christobal lâche à son fidèle serviteur, son pair, celui avec lequel il a grandi, un violent « sale indien ! »… Les masques tombent enfin. Ceux qui n’étaient jusqu’alors que de méprisables enfants gâtés montrent leur vrai visage. Une suffisance patente qui entérine de façon détestable les travers de la société de caste sauce mexicaine. In, qui l’eut cru ? Sous son aspect branché, ce cercle clos recèle en son centre un profond classicisme.
Gael Garcia Bernal signe avec Deficit son premier film en tant que réalisateur. Un choix thématique loin d’être anodin, puisque Bernal le connaît bien. De son propre aveu, Deficit illustre « une fable, à peine exagérée face à la réalité. »… Sept ans après sa première apparition à la SIC avec Amour chiennes, Gael y revient sous une autre étiquette. Désormais réalisateur, il est aussi l’ambassadeur très spécial de cette 46e Semaine Internationale de Critique.

Etienne Charles

Le stand de l'Éducation nationale et du CRDP au village international


A Cannes, ce n’est pas que du cinéma. On y trouve aussi des stands – bien que ce n’y soit pas la foire... Et parmi les stands, celui du Scéren et du CRDP de l’Académie de Nice au village international, sur la Croisette, à deux pas du Palais des festivals et à deux brassées de la mer. Le stand propose à la vente un ensemble de productions (vidéos et livres) du CRDP (Centre Régional de Documentation Pédagogique) et du CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique), en collaboration avec la revue Les Cahiers du Cinéma.
Côté DVD, deux collections : « A propos de… », produite par le CRDP de Nice, qui propose, en plus du film primé l’année précédente par le jury de l’Education nationale, une foule de pistes pédagogiques pour permettre aux enseignants de traiter l’œuvre en classe sans être pris au dépourvu. Quant à « Eden cinéma », il s’agit d’une série de DVD sur, notamment, les grands classiques du septième art. « Les Quatre cents coups » de Truffaut et autres chefs d’œuvre régaleront à coup sûr les jeunes cinéphiles.
Côté livres, on trouve une multitude de cahiers abordant une multitude de thématiques, des « Vocabulaires du cinéma » à « Jacques Tati », du western au « Procès » d’Orson Welles, du « Court-métrage » au « Cinéma muet », des « Musiques de films » aux « Dialogues ». Le plus prisé ? Le petit précis sobrement intitulé « Wong Kar-Waï », et ce pour deux raisons : présent à Cannes pour y présenter son dernier long-métrage « My blueberry nights », le metteur en scène chinois est également cette année au programme du bac.
Le personnel du CRDP, accueillant et chaleureux, partage l’espace avec « le grand patron », le ministère de l’Education nationale.

Benoit Guglielmi

Mang Shan

Li Yang chine au marché aux femmes

Présenté dans la Sélection officielle, section « Un certain regard », le film du réalisateur chinois Li Yang allie intelligence et justesse pour toucher le spectateur au plus profond de son humanité. Un travail époustouflant.

Nord de la Chine, de nos jours. Bai Xuemei est tout juste diplômée et cherche du travail. Manipulée, droguée, elle est vendue à un vieux paysan et, de force, devient sa femme. Dans le village, la pratique est courante et ne surprend même guère. Sa famille ne sachant où la chercher, Bai se retrouve ainsi prisonnière d’un campagnard des montagnes persuadé qu’elle est son bien -et un bien précieux vu son prix ! Dès lors, elle n’aura qu’une pensée : fuir. Quitte à feindre la résignation pour mieux parvenir à ses fins…
Les paysages montagneux de la Chine profonde, à la fois âpres et abrupts, sont fascinants de beauté. La caméra de Li Yang sait en être digne. Le scénario, pourtant fiction, tinte comme une réalité. A vrai dire, le phénomène de société n’est pas bien loin. A en croire le metteur en scène, « chaque année en Chine, des centaines de milliers de femmes et d’enfants sont enlevés et vendus ».

Trafic

C’est donc au cœur d’un véritable trafic que nous emmènent Li Yang et sa comédienne Huang Lu, mieux que parfaite dans son rôle, et dont les traits semblent plus malheureux que le malheur lui-même. L’insoutenable condition de Bai est montrée sans artifice, mais avec une sensibilité à fleur de peau et une intelligence bouleversante.
Ours d’argent de la meilleure contribution artistique au Festival de Berlin 2003, Prix de la critique et Prix du jury au Festival du film asiatique de Deauville 2003 pour son dernier long métrage « Blind Shaft », censuré dans son pays, l’ex-documentariste livre un témoignage bouleversant, sans complaisance, à la mise en scène qui flirte parfois avec le documentaire, tant le processus d’identification à l’héroïne fonctionne à plein.
Une narration juste, une critique sociale acérée, des acteurs -quoique amateurs- d’une remarquable authenticité, un ton sans complainte, une caméra qui transperce l’intime du personnage comme du spectateur : finalement, « Mang Shan » ne laisse qu’un regret. Celui d’être dans la catégorie de repêchage « Un certain regard »… Li Yang méritait sans doute mieux. Mais ce n’est que partie remise.

Benoit Guglielmi

C’est au pied de la muraille…

Avec l’explosion de l’économie de marché, l’empire du Milieu connaît un essor à faire pâlir les Occidentaux : une croissance à deux chiffres, une consommation galopante et des exportations en plein boom. Mais la médaille ne va pas sans son revers : dans sa course effrénée au développement, la Chine a zappé la considération de l’humain. Exit les droits sociaux, exit les droits de l’homme, exit les libertés individuelles. Seul compte le profit. Tout ce qui peut rapporter doit rapporter. Et le plus possible, tant qu’à faire. Tout ce qui peut rapporter, y compris la chair humaine. Jeunes, très jeunes parfois, des femmes sont vendues. Quand ce n’est carrément revendues. Libération relatait l’an dernier dans ses colonnes les aventures de « Zorro », surnom donné par la presse à ce détective délivreur d’épouses vendues. En insistant sur la tiédeur des autorités au moment de l’aider. Dans son reportage, Philippe Grangereau parle de 10 000 à 50 000 cas chaque année. Un contingent qui n’est pas près de faiblir. En tout cas, pas tant que la Chine n’aura pour seule morale que son actuelle In yuan we trust.

Benoit Guglielmi

Autopsie d’un deuil

Camille, mère aimante incarnée par Catherine Deneuve, perd son fils lors d’un accident de voiture. Pour amoindrir sa peine, elle prend sous son aile Franck, responsable du drame et copain de la victime. Elle le cajole, le bichonne, au point d’en faire un objet consentant de substitution. Bravant les interdits pour extraire sa peine, elle sombre un peu plus dans un processus de destruction créatrice. La femme meurtrie par la perte de sa chair doit retrouver sa qualité de mère. Sa raison d’être… Cette mère, Catherine Deneuve l’incarne avec conviction et dévotion, mais le courant ne passe pas forcément. Larmoyante à l’excès sans toutefois se mouiller, l’interprétation est comme court-circuitée. Arrêtée en plein élan par l’excédent.
La volonté de Gaël Morel transparaît dans chaque plan : C’est la vie telle qu’elle est (ou peut l’être) qui doit briller dans ce miroir. Pas de place aux errements psychiques, mais à l’esthétique brute et aux couleurs chaudes. Même par temps gris… Ni blanc, ni noir, c’est un peu ce qui reste « Après lui ». Un goût amère et un brin de déception pour ce film au scénario audacieux, au casting intéressant, et à la réalisation rythmée.

Etienne Charles

Psalmodie de l’ennui

Jérusalem. Une petite famille sans histoire, les Frankel. Le père, Eli, la mère, Alma, les deux fils, Menachem et David. Un matin comme tous les autres (Menachem se lève en retard, son petit frère l’engueule, et le paternel qui calme le jeu…), sur le chemin de l’école, Eli sort de la route. La voiture sur le bas-côté, il envoie Menachem chercher de l’aide. Mais quand celui-ci revient avec les secours, son père s’est mystérieusement volatilisé…
Situation étrange à laquelle est confrontée la famille : pas de deuil, puisque le père n’est pas mort. Ce qui rend les choses d’autant plus dures à gérer. Chacun à sa manière va tenter de surmonter l’événement. Le père d’Eli, Shmuel, un rabbin, se réfugie dans la prière et les psaumes. Conflit avec sa belle-fille, Alma, d’éducation laïque, qui essaie de venir à bout d’un quotidien de plus en plus difficile. Quant aux enfants, ils vont chercher dans l’entre-deux un moyen de dompter leur peine.
Un film (de plus) où le Marseillais Raphaël Nadjari, qui vit aujourd’hui entre Paris et Tel Aviv, explore la communauté juive. Un film de trop ? Peut-être pas quand même, mais il n’en reste pas moins qu’il se traîne en longueurs. Le mal-être de cet adolescent est intéressant et bien filmé, il ne verse pas dans le psychodrame même s’il s’en faut de peu parfois. La religion est bien entendu omniprésente. Ce film, s’il en était besoin, permet de mesurer tout son poids, et, franchement, ce poids peut sembler à certains bien lourd. Ce qui peut, de surcroît, agacer le spectateur quand, à une scène de prière, succède une scène… de prière.

Benoît Guglielmi

Tehilim, de Raphaël Nadjari avec Michael Moshonov, Limor Goldstein et Yonathan Alster. Sélection officielle. Sortie le 30 mai.

De quoi fanfaronner  

Il était une fable. Il était une fois huit musiciens, huit musiciens d’une fanfare d’Alexandrie. Il était une fois Israël. Il était une fois huit musiciens égyptiens invités à jouer en Israël.
Il était une fois un aéroport d’Israël. Il était une fois huit musiciens oubliés dans cet aéroport. Il était une fois une petite ville perdue dans le désert israélien. Il était une fois l’hospitalité. Il était une fois la simplicité. Il était une fois la beauté du geste.
Qu’ils sont pittoresques, ces huit en uniformes bleus, leur instrument dans une main et leur valise à roulettes dans l’autre. Qu’elle est charmante, cette bourgade perdue dans l’aridité autant que dans l’oubli. Qu’elle est tendre de fragilité, cette Dina campée avec une incroyable justesse par Ronit Elkabetz, qui n’en est pas à son coup d’essai sur la Croisette (déjà à l’affiche de « Mon trésor », Caméra d’Or en 2004).
Le regard du metteur en scène, Eran Kolirin, qui signe-là son premier long métrage pour le cinéma, est empreint de tendresse et, par moments, de pureté. L’humour est également omniprésent (la leçon de drague dans le dancing vide est inoubliable). Les décors sont exotiques à souhait. Les acteurs sont plus justes les uns que les autres et le film au final, sans l’air d’y toucher, est très politique. Jamais, ô grand jamais, il n’est directement question de religion. Mais il est impossible de ne pas y penser, ô non, à voir ces Arabes accueillis à bras ouverts par des inconnus israéliens.
Il était un conte qui nous rappelle enfin que le cinéma peut être libre comme l’air et léger comme le vent.

La visite de la fanfare (Bikur Hatizmoret), d’Eran Kolirin avec Ronit Elkabetz et Sasson Gabai. Sélection officielle Un certain regard. Sortie le 19 décembre.


« La question humaine » de Nicolas Klotz

avec Mathieu Amalric, Jean-Pierre Kalfon, Michael Lonsdale, Lou Castel

« La question humaine », ou l’expérience tourmentée de Simon Kessler, psychologue d’entreprise. D’ordinaire affecté au recrutement, il est mandaté par le co-directeur de la firme franco-allemande SC Farb pour enquêter sur la santé mentale du directeur général. Une mission que Simon accepte du bout des lèvres, conscient des embûches qui le guettent. Par souci de discrétion, il se persuade de rester à distance des faits et de les consigner sur papier uniquement pour mémoire. Une narration pudique voire technique qui flirte pourtant avec la confession intime. En infiltrant la vie d’un homme qui lui est étranger, Simon entre dans la sienne… pour mieux faire resurgir ses démons. La dualité du personnage incarné avec brio par Mathieu Amalric, devient pesante. De ses nuits d’ébriété, de décadence et de violence (la séquence de la free party), Simon repasse à la lueur du jour et à son environnement professionnel. Changement de décor brutal, mais toujours côté sombre et ténébreux. Le mode de fonctionnement de l’entreprise, les restructurations et leurs lots de licenciements : une sélection naturelle qui n’est pas sans rappeler la solution finale imaginée par Hitler pour assainir son « Lebensraum ». Une image forte et osée pour illustrer la Shoah sans heurter les écueils du jugement et de l’interprétation. Le mélange des générations d’acteur participe à cette mise en abîme. Cette interrogation qui fait resurgir les spectres du passé… Le réalisateur Nicolas Klotz pose magistralement cette « question humaine », adaptée de l’ouvrage éponyme de l’écrivain François Emmanuel.
Une question vouée à demeurer sans réponse… mais un film émouvant de sincérité.

« Garage », Un film dans l’Eire du temps  

Sortir à l’aube le présentoir à bidons d’huile, le rentrer au coucher du soleil. Servir en essence les rares clients de passage dans cette région rurale paumée et délabrée d’Irlande, tel est le quotidien morose de Josie. Pourtant, ce pompiste marginal, solitaire, inoffensif, naïf et simplet se complaît dans cette quiétude permanente. Mais le temps d’un été grisâtre, il va voir sa vie bouleversée par une quête d’amour improbable. Minimaliste, la mise en scène repose exclusivement sur les épaules de Pat Shortt, plus vrai que nature dans ce rôle de beauf. Jamais caricatural, toujours touchant, le réalisateur Lenny Abrahamson signe la performance de tenir en haleine le spectateur malgré un rythme d’action plus que mou. Un côté ouaté et cotonneux qui rompt cependant avec le drame de l’histoire.
Le cinéma irlandais commence à trouver ses marques sur la Croisette. Après la palme décernée à Ken Loach l’année dernière, « Garage » perpétue le succès et laisse augurer une montée en puissance du film d’outre-Manche. C’est dans l’Eire du temps !

Etienne Charles

L’amour à trois a bien eu lieu

Le triangle n’a pas la même géométrie, mais rappelle irrésistiblement « Jules et Jim ». Truffaldien, le dernier Honoré, « Les chansons d’amour » ?
Certes, Ismaël (Louis Garrel) a des faux airs d’Antoine Doisnel, alias Jean-Pierre Léaud, héros préféré de François Truffaut et emblème de la Nouvelle Vague. Certes, la caméra filme les rues de Paris des yeux de Chimène, une tendresse qui rappelle « Les quatre cents coups ». Mais la comparaison s’arrête là.
Ismaël partage depuis longtemps la vie de Julie (Ludivine Sagnier), et plus récemment celle d’Alice (Clotilde Hesme). Ce ménage à trois n’a rien de sérieux, Christophe Honoré le désexualise presque. Les protagonistes se disent « je t’aime » en chansons (treize au total, toutes signées Alex Beaupain, la plupart spécialement pour le film).
Tout bascule un soir de concert, sur un trottoir : Julie est victime d’un arrêt cardiaque, et brusquement l’histoire s’emballe. C’est presque trop tôt, on ne sait pas si le spectateur a eu le temps d’aimer Julie. Mais très vite son absence se fait terriblement lourde.
Tout le petit monde qui l’entoure va chercher à porter le deuil à sa façon. Sa sœur trop sage, incarnée par la toujours impeccable Chiara Mastroianni. Ses parents, Alice, Ismaël… A chacun sa façon de faire son deuil.
Le réalisateur va suivre le cheminement tortueux d’Ismaël, parfois bouleversant d’égarement. Le style comédie musicale est un véritable plus : les chansons, bien imbriquées dans le scénario pour la plupart, sont indispensables à la construction même des personnages.
Entre poésie et lyrisme, entre saphisme et lit trois places, les chemins de traverse qu’emprunte Christophe Honoré rappellent irrésistiblement les « Demoiselles de Rochefort ». Le réalisateur de « Dans Paris », 37 ans, se réclame d’ailleurs de Jacques Demy, et pas qu’à moitié…

Benoit Guglielmi

Les chansons d’amour, de Christophe Honoré avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni. En sélection officielle. Sortie le 23 mai.

Secret, mensonge et dictature

On a beau n’avoir jamais connu la dictature Ceausescu, on craint quand même de croiser la milice à tous les coins de rue. C’est qu’elle est pesante, l’atmosphère, dans cette Roumanie de la fin des années 1980 où les clopes se trouvent au marché noir et où le lait en poudre est denrée rare.
Dans le foyer de la fac, Gabita (Laura Vasiliu) et Otilia (Anamaria Marinca) partagent une chambre. Et un secret : Gabita est enceinte. Mais l’avortement est interdit par le régime communiste. Les deux jeunes filles vont alors contacter « Monsieur Bébé », un médecin peu regardant sur la législation, pourvu qu’on le satisfasse…
Dès l’ouverture du film, dans la chambre des jeunes filles puis dans les couloirs d’un foyer qui ressemble à s’y méprendre à une maison d’arrêt, le malaise saisit le spectateur, pour ne plus le lâcher. Le décor est on ne peut plus réaliste, et la misère de Bucarest en cette année 1987 leur paraît si naturelle, et pour cause : elles n’ont jamais connu que ça. Combien de spectateurs présents sur la Croisette ces jours-ci accepteraient de dormir dans pareil fourbi ? A tout prendre, il n’est pas sûr d’en trouver.
Quant à l’absence de libertés individuelles, elle est inscrite dans les mœurs, ancrée dans la culture. Les longs plans-séquences ne font qu’ajouter à la tension, qui pèse lourd sur les épaules d’un buste déjà fourbu.
Pour Christian Mungiu, le pari de 4 mois, 3 semaines et 2 jours est définitivement tenu. Le spectateur est pris d’entrée dans la tourmente, la tornade est trop puissante et trop brusque, il ne peut plus y échapper, sombre même déjà dans l’œil du cyclone, ne respire plus, s’asphyxie et enfin se noie.
Et finit soulagé, à la sortie de la salle, de voir que la lumière du jour peut être aussi blanche. Mais ça, c’est le privilège de Cannes…

Benoit Guglielmi


Jacques Vergès, l’avocat mystère

Mais qui est donc Jacques Vergès ? Combattant de la cause communiste, avocat de la « résistance » algérienne des années 50, ami de Pol Pot dont l’épuration a tué 1,5 millions de Cambodgiens, défenseur de Klaus Barbie, mégalomane dont la vie s’écrit en pointillé pendant 8 ans… Décidément, l’homme est complexe, les facettes de sa personnalité définitivement trop nombreuses pour ne pas être imbriquées.
Deux heures et quart durant, Barbet Schroeder sonde des dizaines d’intervenants, à commencer par Vergès lui-même. Beaucoup de terroristes repentis apportent leur pierre à l’édifice, eux qui ont coutume de détruire plutôt que de construire…
Mais le portrait, pas toujours objectif d’ailleurs (le ton est parfois complaisant), ne se construit pas en 135 minutes, aussi fournies soient-elles en mises au point historiques, confidences de ses amis comme de ses ennemis, révélations d’ex-terroristes ou commentaires de responsables politiques.
Bref, le document est riche et passionnant, mais le mystère reste aussi opaque que le brouillard sur Londres. Barbet Schroeder réussit sa mission : passionner le spectateur et lui donner envie d’aller plus loin. Parfois savoureux, le portrait ne manque pas de souffle. Et si le portraitiste est inspiré, le « portraitisé » s’y prête volontiers…

« La question humaine »

de Nicolas Klotz, avec Mathieu Amalric, Jean-Pierre Kalfon, Michael Lonsdale, Lou Castel

« La question humaine », ou l’expérience tourmentée de Simon Kessler, psychologue d’entreprise. D’ordinaire affecté au recrutement, il est mandaté par le co-directeur de la firme franco-allemande SC Farb pour enquêter sur la santé mentale du directeur général. Une mission que Simon accepte du bout des lèvres, conscient des embûches qui le guettent. Par souci de discrétion, il se persuade de rester à distance des faits et de les consigner sur papier uniquement pour mémoire. Une narration pudique voire technique qui flirte pourtant avec la confession intime. En infiltrant la vie d’un homme qui lui est étranger, Simon entre dans la sienne… pour mieux faire resurgir ses démons. La dualité du personnage incarné avec brio par Mathieu Amalric, devient pesante. De ses nuits d’ébriété, de décadence et de violence (la séquence de la free party), Simon repasse à la lueur du jour et à son environnement professionnel. Changement de décor brutal, mais toujours côté sombre et ténébreux. Le mode de fonctionnement de l’entreprise, les restructurations et leurs lots de licenciements : une sélection naturelle qui n’est pas sans rappeler la solution finale imaginée par Hitler pour assainir son « Lebensraum ». Une image forte et osée pour illustrer la Shoah sans heurter les écueils du jugement et de l’interprétation. Le mélange des générations d’acteur participe à cette mise en abîme. Cette interrogation qui fait resurgir les spectres du passé… Le réalisateur Nicolas Klotz pose magistralement cette « question humaine », adaptée de l’ouvrage éponyme de l’écrivain François Emmanuel.
Une question vouée à demeurer sans réponse… mais un film émouvant de sincérité.

Etienne Charles

Mon ami ce ballon

Suzanne (Juliette Binoche) est marionnettiste. Entre les répétitions de son dernier spectacle, ses cours à la fac, ses voisins encombrants, son mari parti, elle n’a pas une minute à elle. Si bien qu’elle engage Song Fang (« mais vous pouvez l’appeler Song »), une jeune Chinoise qui étudie le cinéma, pour l’aider à s’occuper de Simon (Simon Iteanu), son fils de sept ans.
Simon est un enfant très sage, qui aime jouer au flipper dans les cafés, à la Playstation dans le salon mal rangé et qui pense souvent à Julie, qui est « comme ma sœur, sauf que c’est pas vraiment ma sœur ». Simon a aussi un secret : il voit un ballon rouge au-dessus de lui, un ballon rouge qui le suit dans les rues de Paris. Ou l’imagination d’un enfant de sept ans qui s’ennuie quelquefois…
A travers le quotidien embrouillé de cette petite famille recomposée (la mère, le fils et la nounou), le réalisateur Hou Hsiao Hsien livre un regard sans fard sur la capitale. La ville lumière, de ses toits à ses ruelles sombres, crève l’écran de beauté : les images et les couleurs, d’un esthétisme rare, trahissent la sensibilité du regard du metteur en scène taiwanais.
La bande originale, menée par un piano mélancolique, colle à merveille au visage de Juliette Binoche, remarquable en femme débordée.
Commandé par le musée d’Orsay, le film est un hommage au « Ballon rouge » d’Albert Lamorisse, Palme d’or 1956 catégorie court-métrage. A l’origine sans dialogue, ce film a bercé le réalisateur taiwanais comme il a bercé plusieurs générations de cinéphiles. A noter que le jeune Renaud Séchan, encore à mille lieues de chanter les mobs de banlieues et les blousons en cuir, tendance loubard, y fit sa première apparition.

Levée de rideau et première montée des marches, mercredi 16 mai, pour la 60e édition du Festival de Cannes.

Cette année, l’évènement mêle sans complexes « héritage et modernité » et fait la part belle aux « grandes signatures comme aux jeunes pousses », de l’aveu de Gilles Jacob. Tourné vers l’avenir mais conscient du passé, c’est aussi le but de tout enseignement. Pour la cinquième année consécutive, l’Education nationale a donc investi les lieux.
Objectif : se frayer un chemin dans le dédale des sélections pour attribuer un prix au film dont la vocation pédagogique est éprouvée. Car cinéma ne rime pas forcément qu’avec soulas et distraction. Le septième art reste avant tout le lieu privilégié de la découverte, de l’expérimentation et de l’ouverture au monde. Une sorte de miroir des sociétés contemporaines. Un élément décisif au dialogue des cultures et des civilisations. Le festival de Cannes demeure le laboratoire et le refuge émérite du cinéma d’auteur. Celui-là même qu’il faut entretenir et promouvoir sans réserve.
Les contenus médiatiques présentés sur ce site tout au long de cette quinzaine s’inscrivent dans cette logique : asseoir la dimension éducative et pédagogique du cinéma dans le vaste socle de l’apprentissage. Tout bénef pour les jeunes générations !…

Prix de l'éducation nationale

Le jury est arrivé Présidé par "la fiancée du cinéma", Bernadette Laffont, le jury du 5ème Prix de l'Education nationale est arrivé à Cannes ce matin. A midi, les dix membres s'étaient donnés rendez-vous dans le magnifique lycée Bristol, à quelques encablures du Palais des Festivals, pour faire connaissance, partager un frugal buffet et -déjà- se mettre au travail.
Parmi les dix jurés : Bernadette Laffont, l'égérie de la Nouvelle vague, de Truffaut à Chabrol, mais aussi le metteur en scène et comédien Marcel Bozonnet, vice-président, ainsi que six enseignants et deux étudiants. Les profs dispensent toutes sortes de savoirs (Maths, Philo, Histoire-Géo, ...) et viennent de toute la France (Rennes, Montpellier, Versailles, Nantes, ...) Ils étaient plus d'une centaine à renvoyer le formulaire d'inscription sur Internet. Ils ont été choisis en fonction de leur cursus et de leur implication pédagogique en rapport avec le cinéma. A vrai dire la plupart l'enseigne, d'une manière ou d'une autre. Les élèves, eux, viennent de classes préparatoires, option cinéma ou audiovisuel.
Dimanche 27 mai, jour de clôture et de palme d'or, le jury devra récompenser un film pour ses qualités artistiques et cinématographiques, bien sûr, mais aussi sa dimension culturelle et sociale et son potentiel éducatif et pédagogique. Le lauréat est dans la sélection officielle (Compétition et Un certain regard).
Par ailleurs, les élèves du lycée Bristol, option théâtre ou cinéma, ont pu rencontrer la présidente et le vice-président du jury. un échange vif, rythmé et passionné, durant lequel les apprentis artistes ont ouvert des yeux ronds commes des billes devant la simplicité et la gentillesse des deux intervenants.

La Rolls de la paillasse

Je suis un paillasson, mais pas tout à fait comme les autres. Je ne suis pas de ces paillassons ordinaires, qu'on achète en soldes pour garnir le palier. Je ne suis pas, moi, de ces paillassons qu'on piétine et qu'on remplace quand il est abîmé. Moi, je suis la star des paillassons. Le haut-de-gamme, Chanel plutôt que Confo. Je ne vois ni semelles se décrottant, ni chien attendant sa laisse, ni poubelle qu'on sortira le lendemain. Je ne suis pas le paillasson d'un vulgaire pavillon de banlieue. Je vis au bord de la mer, moi. On me bichonne, je suis un élément indispensable de la fête. je ne vois que des talons aiguilles et des paires de Berluti. Célèbre dans le monde entier, je suis sur toutes les photos. Et comptez-sur moi pour y être cette année encore. De toute façon, moi, les soixante éditions, je les ai toutes vécues. Et pourtant, croyez-vous qu'on me déroule le tapis rouge pour autant ?